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Harry Potter et les Reliques de la Mort Autour de lui, tout n’était plus que douleur et pénombre. Il était à moitié enseveli sous les décombres du couloir qui avait subi une terrible attaque : un courant d’air froid lui indiqua que le flanc du château était éventré et la sensation de tiédeur poisseuse sur sa joue signifiait qu’il saignait abondamment. Il entendit alors un cri déchirant qui lui remua les entrailles, un cri qui exprimait une souffrance que ni le feu ni aucun maléfice ne pouvait provoquer. Il se leva, chancelant, plus terrifié qu’il
ne l’avait été depuis le début de cette journée, plus terrifié peut-être qu’il ne l’avait jamais été dans sa vie…
Hermione se débattait parmi les gravats pour se remettre debout. Sur le sol, trois jeunes hommes aux cheveux roux étaient serrés les uns contre les autres, à l’endroit où l’explosion avait défoncé le mur. Harry saisit la main d’Hermione tandis qu’ils titubaient et trébuchaient sur les pierres et les débris de bois.
— Non… non… non ! hurla quelqu’un. Non ! Fred ! Non !
Percy secouait son frère, Ron agenouillé à côté d’eux, mais les yeux de Fred regardaient sans voir, le fantôme de son dernier rire toujours gravé sur son visage.
— J’étais doué. J’étais brillant. Je voulais m’échapper. Je voulais étinceler. Je voulais la gloire.
Comprends-moi bien, poursuivit-il – une expression de douleur passa sur son visage et il parut à nouveau très âgé. Je les aimais. J’aimais mes parents, j’aimais mon frère et ma soeur, mais j’étais égoïste, Harry, plus égoïste que tu ne peux l’imaginer, toi qui es remarquablement désintéressé.
Si bien que, quand ma mère est morte et que la responsabilité m’est revenue de m’occuper d’une soeur diminuée et d’un frère indiscipliné, je suis rentré dans mon village avec de la colère et de l’amertume. Je me voyais pris au piège, ma vie était gâchée ! Et puis, bien sûr, il est arrivé…
Dumbledore regarda à nouveau Harry dans les yeux.
— Grindelwald. Tu ne peux pas imaginer à quel point ses idées m’ont captivé, Harry, m’ont enflammé. Les Moldus asservis. Nous, les sorciers, triomphants. Grindelwald et moi, les jeunes chefs
glorieux de la révolution.
— Je suis convaincu qu’il s’agit d’une ruse pour nous prendre la maison.
— La maison ? s’étonna Harry. Quelle maison ?
— Cette maison ! hurla l’oncle Vernon d’une voix aiguë, la veine de son front se mettant soudain à palpiter. Notre maison ! Les prix de l’immobilier montent en flèche dans le quartier ! Tu veux te débarrasser de nous, ensuite tu feras abracadabra et avant qu’on ait compris ce qui se passait, le titre de propriété sera à ton nom et…
— Tu es fou ou quoi ? s’exclama Harry. Une ruse pour prendre cette maison ? Tu es donc aussi bête que tu en as l’air ?
— Comment oses-tu… ? couina la tante Pétunia, mais une fois de plus, Vernon l’interrompit d’un geste de la main : les insultes sur son apparence lui semblaient peu de chose comparées au danger qu’il avait découvert.
— Au cas où tu l’aurais oublié, répliqua Harry, j’ai déjà une maison que mon parrain m’a léguée. Alors, pourquoi voudrais-je celle-ci ? À cause des bons souvenirs ?
— Laisse l’Horcruxe, dit Harry. Ron enleva la chaîne de son cou en la passant par-dessus sa tête d’un geste brusque et jeta le
médaillon sur un fauteuil proche. Puis il se tourna vers Hermione.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Que veux-tu dire ?
— Tu restes ou quoi ?
— Je…
Elle parut angoissée.
— Oui… oui, je reste. Ron, nous avions dit que nous partirions avec Harry, nous avions dit que nous l’aiderions…
— Compris. C’est lui que tu choisis.
— Ron, non… s’il te plaît… reviens, reviens !
— Si je sais… Mais bien entendu, je sais même sacrement bien conduire ! balbutia Vernon Dursley.
— Vous êtes très habile, monsieur, très habile. Moi-même, je serais complètement déboussolé, avec tous ces boutons et ces manettes, répondit Dedalus.
Il croyait ainsi flatter l’oncle Vernon mais, visiblement, la confiance de ce dernier dans le plan prévu diminuait à chaque mot que prononçait le sorcier.
— Ne sait même pas conduire, marmonna-t-il dans sa moustache frémissante d’indignation.
— Vous n’avez aucune chance, déclara le gobelin d’un ton catégorique. Pas la moindre. « Si tu veux t’emparer, en ce lieu souterrain, d’un trésor convoité qui jamais ne fut tien…»
— « Voleur, tu trouveras, en guise de richesse, le juste châtiment de ta folle hardiesse », acheva Harry. Oui, je sais, je m’en souviens. Mais je ne veux pas essayer de m’emparer d’un trésor, je ne veux
pas prendre quelque chose pour mon bénéfice personnel. Pouvez-vous croire cela ?
Le gobelin lui jeta un regard en biais et la cicatrice en forme d’éclair brûla le front de Harry mais il n’y prêta pas attention, refusant la douleur et ce à quoi elle l’invitait.
— S’il existait un sorcier dont je puisse penser qu’il ne cherche pas un bénéfice personnel, dit enfin Gripsec, ce serait vous, Harry Potter. Les gobelins et les elfes ne sont guère accoutumés à la solidarité ou au respect que vous avez manifestés cette nuit. Pas de la part des porteurs de baguettes.
— Dumbledore nous a confié un travail à tous les trois, expliqua-t-il avec précaution, et nous ne sommes pas censés révéler… Je veux dire qu’il voulait qu’on s’en charge nous-mêmes, rien que nous trois. [Harry]
— Nous sommes son armée, objecta Neville. L’armée de Dumbledore. Nous l’avons formée tous ensemble, nous avons continué à la faire vivre pendant que vous étiez partis de votre côté…
— Ce n’était pas vraiment un pique-nique, vieux, répliqua Ron.
— Je n’ai jamais prétendu le contraire, mais je ne vois pas pourquoi vous n’auriez pas confiance en nous. Tous ceux qui sont dans cette salle se sont battus et ont été obligés de se réfugier ici parce que les
Carrow les pourchassaient. Chacun de nous a montré sa loyauté envers Dumbledore… envers toi, Harry.
Un bang ! sonore ramena Harry à la réalité : désorienté, il brandit sa baguette, mais la sorcière [Alecto Carrow] tombait déjà en avant et s’écrasa si violemment sur le sol que les vitres des bibliothèques tintèrent.
— Je n’avais encore jamais stupéfixé personne, sauf dans les cours de l’A.D., dit Luna d’un ton vaguement intéressé. Ça fait beaucoup plus de bruit que je ne le pensais.
— J’ai rencontré Abelforth. Il nous a donné des provisions parce que c’est la seule chose que la salle ne puisse pas fournir, je ne sais
pas pourquoi. [Neville]
— La nourriture est l’une des cinq exceptions à la loi de Gamp sur la métamorphose élémentaire, expliqua Ron, à la surprise générale.
La cage d’Hedwige, l’Éclair de feu et son sac à dos glissèrent d’entre ses genoux…
— Non ! HEDWIGE !
Le balai tournoyait déjà vers la terre, mais il parvint à saisir la sangle de son sac à dos et la poignée de la cage tandis que la moto pivotait à nouveau dans le bon sens. Il eut une seconde de répit puis un autre éclair de lumière verte jaillit. La chouette poussa un cri perçant et tomba sur le plancher de la cage.
— Non… NON !
La moto fonça tout droit. Harry vit des Mangemorts aux visages recouverts de capuchons se disperser sur le passage de Hagrid qui brisa brutalement leur cercle.
— Hedwige… Hedwige…
Mais la chouette était étendue, immobile, sur le plancher de la cage, tel un jouet pitoyable. Il n’arrivait pas à y croire et la peur qu’il éprouvait pour les autres fut à son comble.
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