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Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé — Tu demandes pourquoi je n’ai pas essayé de le retrouver quand il a disparu. Pour la même raison qu’Avery, Yaxley, les Carrow, Greyback, Lucius – il inclina légèrement la tête vers Narcissa – et bien d’autres qui, eux non plus, n’ont pas cherché à le retrouver. Je le croyais fini. Je ne suis pas fier de l’avouer, je me suis trompé, mais c’est ainsi… S’il ne nous avait pas pardonné, à nous qui avions perdu foi à cette époque, il ne lui serait resté que très peu de fidèles.
— Il m’aurait eue moi ! dit Bellatrix avec passion. Moi qui ai passé tant d’années à Azkaban pour lui !
— Oui, en effet, c’est admirable, répondit Rogue d’une voix teintée d’ennui. Bien sûr, tu ne lui as pas été très utile en prison mais le geste était beau, sans nul doute…
— Vous m’aviez dit, à la fin de l’année dernière, que vous alliez tout m’expliquer, déclara Harry - il avait du mal à dissimuler un ton accusateur dans sa voix –, monsieur, ajouta-t-il.
— C’est ce qui s’est passé, répondit calmement Dumbledore, je t’ai expliqué tout ce que je savais. Mais à partir de maintenant, nous allons quitter la solidité des faits pour cheminer ensemble à travers les marécages obscurs de la mémoire et nous aventurer dans le maquis des hypothèses les plus échevelées. Dorénavant, Harry, il se peut que je me trompe autant que Humphrey Belcher qui croyait que le moment était venu de fabriquer des chaudrons en fromage.
— Vous pensez pourtant avoir raison ? demanda Harry.
— Bien entendu, mais je t’ai déjà administré la preuve qu’il m’arrive de me tromper comme n’importe qui d’autre. En fait, comme je suis – pardonne-moi – relativement plus intelligent que la plupart des hommes, mes erreurs sont en proportion beaucoup plus considérables.
Quelque part dans l’obscurité, un phénix lançait un chant que Harry n’avait encore jamais entendu : une lamentation déchirante d’une terrible beauté. Comme il lui était déjà arrivé de le ressentir lorsque chantait le phénix, il eut l’impression que la musique ne venait pas de l’extérieur mais qu’elle était en lui : c’était son propre chagrin, transformé par magie en une mélodie, qui s’élevait dans le parc et leur parvenait par les fenêtres du château.
Combien de temps restèrent-ils à l’écouter, il ne le savait pas, il ne savait pas non plus pourquoi entendre ainsi chanter leur chagrin paraissait soulager un peu leur douleur.
— C’est fou ce qu’il pense aux autres, ronronna Fleur en caressant le nez de Bill avec adoration.
Derrière le dos de Fleur, Ginny fit semblant de vomir dans son bol de céréales. Harry s’étrangla en avalant des corn flakes de travers et Ron lui tapa dans le dos.
— Je sais parler aux serpents. Je m’en suis aperçu quand nous sommes allés en excursion à la campagne. Ils viennent me voir et ils me murmurent des choses. C’est normal pour un sorcier ?
Harry voyait qu’il avait attendu ce moment pour mentionner ce très étrange pouvoir, décidé à impressionner son interlocuteur.
— C’est inhabituel, répondit Dumbledore après un moment d’hésitation, mais ça s’est déjà vu.
Il s’allongea tout habillé sur son lit, le regard perdu. Il n’éprouvait aucune curiosité à l’égard de R.A.B. Il lui semblait même qu’il n’éprouverait plus jamais de curiosité pour quoi que ce soit. Étendu sous son baldaquin, il s’aperçut soudain que le parc était redevenu silencieux. Fumseck ne chantait plus.
Il sut alors, bien qu’il eût été incapable de dire comment il le savait, que le phénix était parti, qu’il avait à jamais quitté Poudlard, tout comme Dumbledore avait quitté son école, avait quitté le monde… avait quitté Harry.
— Donc, si j’allais à La Tête de Sanglier ce soir, je n’y trouverais pas certains d’entre eux – Nott, Rosier, Mulciber, Dolohov – réunis là en attendant ton retour ? Des amis bien dévoués, en tout cas, pour t’accompagner si loin un soir de neige, dans le seul but de te souhaiter bonne chance tandis que tu essayes de décrocher un poste de professeur.
Sans aucun doute possible, Voldemort accueillit encore plus mal le fait que Dumbledore connaisse tous ces détails sur les personnes qui étaient venues avec lui. Mais il se reprit presque aussitôt.
— Comme toujours, vous êtes omniscient, Dumbledore.
— Oh, non, simplement ami avec les barmen du coin, répliqua Dumbledore d’un ton léger.
— Pauvre Lucius… Après la colère de Voldemort, furieux qu’il ait gâché un Horcruxe pour son propre bénéfice, et le fiasco du ministère l’année dernière, je ne serais pas étonné qu’il soit secrètement content d’être en sécurité à Azkaban pour le moment.
— Je pensais que vous alliez me proposer des rafraîchissements, dit Dumbledore à l’oncle Vernon, mais d’après ce que j’ai pu observer jusqu’à présent, il semble que ce serait d’un optimisme proche de la sottise.
— Comme vous le savez sûrement, Harry sera majeur dans un an.
— Non, répliqua tante Pétunia qui ouvrait la bouche pour la première fois depuis l’arrivée de Dumbledore.
— Pardon ? s’étonna celui-ci d’un ton poli.
— Non, car il a un mois de moins que Dudley et Duddy aura dix-huit ans dans deux ans.
— Ah oui, bien sûr, reprit Dumbledore d’un air affable, mais dans le monde de la sorcellerie, il se trouve que nous sommes majeurs à dix-sept ans.
— Ridicule, marmonna l’oncle Vernon, sans que Dumbledore lui prête la moindre attention.
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