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Harry Potter — Moi aussi, j'y ai pensé, dit Ron. Harry, il faut que tu viennes à la maison. J'arrangerai ça avec mes parents et je t'appellerai. Je sais comment me servir d'un fêlétone, maintenant.
— Un téléphone, Ron, rectifia Hermione. Tu devrais étudier les Moldus, l'année prochaine...
— Ah, Harry, cela se produit souvent, même chez les meilleurs amis du monde ! Chacun pense que ce qu’il a à dire est beaucoup plus important que tout ce que l’autre pourrait raconter !
— Nous allons lui dire que nous lui donnerons l’épée quand il nous aura aidés à pénétrer dans la chambre forte… mais nous prendrons la précaution de ne pas lui préciser à quel moment exactement il
pourra la récupérer.
Un sourire s’étala sur le visage de Ron. Hermione, en revanche, parut s’alarmer.
— Harry, nous n’allons pas…
— Il l’aura, poursuivit Harry, après que nous nous en serons servis contre tous les Horcruxes. À ce moment-là, je la lui laisserai. Je tiendrai ma parole.
— Mais ça prendra peut-être des années ! s’exclama Hermione.
— Je sais, mais lui n’a pas besoin de le savoir. Je ne lui mentirai pas… pas vraiment.
Harry croisa le regard d’Hermione avec un mélange de défi et de honte. Il se rappela les mots gravés au-dessus de la porte de Nurmengard : « Pour le plus grand bien ». Il repoussa cette pensée. Quel autre choix avaient-ils ?
— Je n’aime pas ça, dit Hermione.
— Moi non plus, pas beaucoup, admit Harry.
— Moi, je trouve que c’est génial, approuva Ron en se levant. Allons lui annoncer ça.
— Et ce livre, dit Hermione, Les Contes de Beedle le Barde… Je n’en avais jamais entendu parler !
— Tu n’avais jamais entendu parler des Contes de Beedle le Barde ? s’exclama Ron, incrédule. Tu
plaisantes, ou quoi ?
— Pas du tout ! répondit Hermione, surprise. Tu les connais, toi ?
— Bien sûr que oui !
Harry leva la tête, son attention soudain détournée. Que Ron ait lu un livre inconnu d’Hermione
constituait une situation sans précédent. Ron, cependant, n’en revenait pas de les voir si étonnés.
— Les nouveaux doivent savoir que la forêt située dans le parc est interdite d’accès - il ne serait d’ailleurs pas inutile que quelques-uns de nos plus anciens élèves s’en souviennent aussi.
Harry, Ron et Hermione échangèrent des sourires.
Quant au directeur du collège, Harry n'avait aucune idée de l'endroit où il passait ses vacances d'été. Il s'amusa un instant à imaginer Dumbledore, avec sa grande barbe argentée, sa longue robe de sorcier et son chapeau pointu, allongé sur une plage, enduisant son long nez aquilin de crème solaire.
— Vous ne tuerez personne d’autre, cette nuit, assura Harry.
Ils continuaient de tourner en cercle, face à face, les yeux verts rivés sur les yeux rouges.
— Vous ne tuerez plus personne, plus jamais. Vous ne comprenez donc pas ? J’étais prêt à mourir pour vous empêcher de faire du mal à ceux qui sont ici…
— Mais tu n’es pas mort !
— J’en avais l’intention et c’est cela qui a tout déterminé. J’ai fait ce que ma mère avait fait. Ils sont protégés, vous ne pouvez plus les atteindre. N’avez-vous pas remarqué qu’aucun des sortilèges que
vous leur avez jetés n’a eu d’effet ? Vous ne pouvez pas les torturer. Vous ne pouvez pas les toucher. Vous n’avez rien appris de vos erreurs, Jedusor, n’est-ce pas ?
Lorsqu’il referma derrière lui la porte du bureau, il entendit distinctement la voix de Phineas Nigellus dire :
— Je ne vois pas comment ce garçon pourrait faire mieux que vous, Dumbledore.
— Je savais bien que vous ne le verriez pas, répliqua Dumbledore.
Hagrid semblait avoir déposé avec précaution le corps sur la table de marbre. Il repartait à présent le long de l’allée, se mouchant avec des bruits de trompette qui lui attirèrent quelques regards scandalisés, dont celui, remarqua Harry, de Dolores Ombrage… Harry savait cependant que Dumbledore ne s’en serait pas formalisé. Il essaya d’adresser un geste amical à Hagrid au moment où celui-ci passait à sa hauteur mais ses yeux étaient si gonflés qu’on se demandait comment il parvenait à voir où il allait.
Il ne savait pas pourquoi il agissait ainsi, pourquoi il s’approchait du mourant. Il ne savait même pas très bien ce qu’il ressentait en voyant le visage livide de Rogue et ses doigts qui essayaient d’étancher la plaie sanglante de son cou. Il enleva la cape d’invisibilité et baissa le regard vers l’homme qu’il haïssait. Les yeux de Rogue se posèrent sur Harry. Il essaya de parler. Lorsque Harry se pencha, Rogue saisit le devant de sa robe et l’attira vers lui. Un râle, un gargouillement abominable sortit de sa gorge.
— Prenez-… les… Prenez-… les…
Quelque chose d’autre que du sang ruisselait du visage de Rogue. D’un bleu argenté, ni gaz, ni liquide, la substance jaillissait de sa bouche, de ses oreilles, de ses yeux. Harry savait ce que c’était, mais ne savait que faire…
Hermione glissa alors dans ses mains tremblantes une flasque, surgie de nulle part. À l’aide de sa baguette, Harry y versa la substance argentée. Lorsque la flasque fut pleine et que Rogue sembla ne plus avoir en lui une goutte de sang, l’étreinte de sa main sur la robe de Harry se desserra.
— Regardez-… moi, murmura-t-il.
Les yeux verts de Harry croisèrent les yeux noirs de Rogue mais un instant plus tard, quelque chose sembla s’éteindre au fond du regard sombre qui devint fixe, terne, vide. La main qui tenait encore Harry retomba avec un bruit sourd et Rogue ne bougea plus.
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