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Horace Slughorn — On s’est vus dans le train, avec ce bon vieux Sluggy, dit-il d’un ton assuré, en se détachant des autres pour serrer la main de Harry. Cormac McLaggen, gardien.
— Tu n’as pas passé d’essais, l’année dernière ? demanda Harry, qui mesura du regard la carrure de McLaggen en pensant qu’il pourrait bloquer les trois buts sans même avoir besoin de bouger.
— J’étais à l’infirmerie le jour de la sélection, répondit McLaggen d’un ton un peu vantard. J’avais parié que j’arriverais à manger une livre d’oeufs de Doxys.
— Ah… dit Harry. Bon… si tu veux bien attendre ici…
— Vraiment ? s’exclama Hagrid, qui paraissait à la fois surpris et ému. C’est… c’est très gentil de sa part, et aussi de ne pas te dénoncer. Je n’ai jamais eu beaucoup affaire à Horace Slughorn, jusqu’à maintenant… Mais venir dire adieu à Aragog… Alors, là… Ça lui aurait plu, à Aragog, tu peux me croire…
Harry songea que ce qui aurait surtout plu à Aragog, chez Slughorn, c’était la quantité appréciable de chair comestible qu’il aurait pu lui fournir.
— Mais tu as dit que Slughorn avait l’intention d’offrir cette bouteille à Dumbledore pour Noël, lui rappela Ginny. Donc, l’empoisonneur pouvait tout aussi bien viser Dumbledore.
— Dans ce cas, il ne connaissait pas très bien Slughorn, intervint Hermione qui parlait pour la première fois depuis des heures.
Elle avait la voix de quelqu’un qui a attrapé un mauvais rhume.
— Quiconque connaît Slughorn aurait su qu’il y avait de bonnes chances qu’il garde pour lui quelque chose d’aussi délicieux.
— Er-my-nie, dit brusquement Ron d’une voix gutturale. Tout le monde se tut en le regardant d’un air anxieux, mais après avoir marmonné quelques paroles incompréhensibles, il se mit simplement à ronfler.
— Avec votre étrange aptitude à connaître des choses que vous devriez ignorer et le soin que vous prenez à flatter les gens importants – au fait, merci pour l’ananas, vous aviez parfaitement raison, c’est mon préféré…
Il y eut des rires parmi les élèves.
— … je ne doute pas que vous deviendrez ministre de la Magie dans vingt ans. Quinze si vous continuez à m’envoyer des ananas. J’ai d’excellents contacts au ministère.
— Rien, rien du tout ! Et… heu… d’après toi, Slughorn a l’air d’un bon professeur ?
— Je ne sais pas, dit Harry. De toute façon, il ne peut pas être pire qu’Ombrage.
— Je connais quelqu’un de pire qu’Ombrage, lança une voix à la porte. [Ginny à propos de Fleur Delacour]
Très lentement, Slughorn mit alors une main dans sa poche et en retira sa baguette magique. Il glissa l’autre main à l’intérieur de sa cape où il prit un petit flacon vide. Sans quitter Harry du regard, il toucha sa tempe du bout de sa baguette puis l’écarta doucement. Un long filament de mémoire s’y accrocha. Le souvenir s’étira, de plus en plus long, jusqu’à ce qu’il se détache de sa tempe et se balance au bout de la baguette dans des reflets argentés. Slughorn le déposa dans le flacon où il s’enroula sur lui-même avant de se déployer en tournoyant comme une volute de vapeur. Slughorn reboucha le flacon d’une main tremblante et le donna à Harry.
— Merci beaucoup, professeur.
— Vous êtes un garçon digne d’estime, dit le professeur Slughorn, des larmes coulant sur ses grosses joues et disparaissant dans sa moustache de morse. Et vous avez les mêmes yeux qu’elle… N’ayez quand même pas une trop mauvaise opinion de moi quand vous aurez vu ce souvenir…
Puis il posa à son tour sa tête dans ses bras, poussa un profond soupir et s’endormit.
— Bien sûr, votre mère était née moldue. Je n’y croyais pas quand je l’ai découvert. Je pensais qu’elle était de sang pur. Elle était tellement douée.
— L’une de mes plus proches amies a des parents moldus, dit Harry, et c’est la meilleure élève de notre année.
— Curieux comme cela arrive parfois, vous ne trouvez pas ? remarqua Slughorn.
— Pas vraiment, répondit froidement Harry.
— Horace avait constitué une sorte de club où il rassemblait ses élèves préférés et dont il était le centre, faisant les présentations, établissant des contacts utiles entre ses membres et récoltant toujours un quelconque avantage en échange, que ce soit une boîte d’ananas confits ou l’occasion de recommander un jeune collaborateur au Bureau de liaison des gobelins.
Harry eut soudain la vision saisissante d’une grosse araignée qui tissait sa toile autour d’elle, secouant un fil ici ou là pour rapprocher ses grosses mouches bien juteuses.
— Mon cher garçon ! murmura-t-elle, la voix bien timbrée. Les rumeurs ! Les histoires ! L’Élu ! Bien sûr, je savais tout cela depuis très longtemps… Les présages n’étaient jamais bons, Harry… Mais pourquoi n’êtes-vous pas retourné aux cours de divination ? Pour vous, plus que pour tout autre, c’est une matière de la plus haute importance !
— Ah, Sibylle, nous pensons tous que nos matières sont les plus importantes ! fit remarquer une voix tonitruante. [Slughorn]
— Vous l’aimiez beaucoup, n’est-ce pas ?
— Si je l’aimais ? dit Slughorn, les yeux remplis de larmes. Je n’imagine pas que quiconque l’ayant rencontrée ait pu ne pas l’aimer… Très courageuse… Très drôle… C’est la chose la plus horrible…
— Mais vous ne voulez pas aider son fils, l’interrompit Harry. Elle a donné sa vie pour moi et vous, vous ne voulez même pas me donner un souvenir.