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Albus Dumbledore — Kreattur est un immonde… menteur… il mérite…
— Kreattur est ce que les sorciers en ont fait, Harry, répondit Dumbledore. [...] Sirius ne détestait pas Kreattur, il le considérait simplement comme un serviteur qui ne mérite pas beaucoup d’intérêt. L’indifférence, la négligence, font parfois beaucoup plus de dégâts que l’hostilité déclarée… La fontaine que nous avons détruite cette nuit racontait un mensonge. Nous les sorciers avons maltraité trop longtemps les êtres qui nous sont proches et nous récoltons aujourd’hui ce que nous avons semé.
— Tu m’as dit alors, deux ans plus tard, que la nuit où Voldemort a réintégré son corps, il a fait aux Mangemorts une déclaration très révélatrice et très alarmante : « Moi qui suis allé plus loin que quiconque sur le chemin qui mène à l’immortalité. » Ce sont les paroles que tu m’as rapportées. « Plus loin que quiconque…» Je pensais savoir ce que cela signifiait, même si les Mangemorts, eux, l’ignoraient. C’était une référence à ses Horcruxes. Ses Horcruxes au pluriel, Harry, ce dont aucun autre sorcier n’avait jamais disposé jusqu’alors, j’en suis convaincu. Tout se tenait : Lord Voldemort semblait devenir de moins en moins humain à mesure que les années passaient et sa transformation ne pouvait s’expliquer à mes yeux que par la mutilation qu’avait subie son âme, au-delà des limites de ce qu’on appelle habituellement le royaume du Mal…
— Lui révéler quoi ?
Dumbledore respira profondément et ferma les yeux.
— Lui révéler que le soir où Voldemort a essayé de le tuer, lorsque Lily a dressé entre eux deux sa propre vie comme un bouclier, le sortilège de Mort a ricoché sur le Seigneur des Ténèbres et qu’un fragment de son âme lui a été arraché. Ce fragment s’est accroché à la seule âme vivante qui restait dans cette maison dévastée. Une partie de Lord Voldemort vit ainsi à l’intérieur de Harry. C’est cela qui lui donne le pouvoir de parler aux serpents et qui établit avec Lord Voldemort une connexion dont il n’a
jamais compris la nature. Et tant que ce fragment d’âme, à l’insu de Voldemort, reste attaché à Harry et
protégé par lui, Lord Voldemort ne peut mourir.
Harry avait l’impression de voir les deux hommes à l’autre bout d’un long tunnel, tant ils lui
semblaient loin, leurs voix résonnant à ses oreilles comme un étrange écho.
— Alors, ce garçon… ce garçon doit mourir ? interrogea Rogue avec un certain calme.
— Et Voldemort devra le tuer de sa main, Severus. C’est essentiel.
— Je te ménageais trop, dit simplement Dumbledore. Je me souciais davantage de ton bonheur que de t’apprendre la vérité, davantage de ta tranquillité d’esprit que de mon plan, davantage de ta vie que des autres vies qui seraient peut-être perdues si ce plan échouait. En d’autres termes, j’ai agi exactement comme Voldemort s’attend à ce que nous agissions, nous, les imbéciles qui éprouvons des sentiments d’amour.
— Vous allez maintenant être escorté jusqu’au ministère où une inculpation officielle vous sera notifiée, puis vous serez envoyé à Azkaban en attendant le procès !
— Ah oui, bien sûr, dit Dumbledore avec douceur, je pensais bien que nous allions en arriver à cette petite difficulté.[...] Voilà… Il semble que vous entreteniez l’illusion selon laquelle je serais disposé à obéir… Quelle est la formule, déjà ? Ah, oui… sans opposer de résistance. Or je crois bien que je vais en opposer une, justement. Car, voyez-vous, Cornélius, je n’ai aucune intention de me laisser envoyer à Azkaban. Oh, bien sûr, je pourrais m’en évader, mais quelle perte de temps et, très franchement, il y a tant de choses plus utiles que j’aimerais mieux faire à la place.
— Vous m’aviez dit, à la fin de l’année dernière, que vous alliez tout m’expliquer, déclara Harry - il avait du mal à dissimuler un ton accusateur dans sa voix –, monsieur, ajouta-t-il.
— C’est ce qui s’est passé, répondit calmement Dumbledore, je t’ai expliqué tout ce que je savais. Mais à partir de maintenant, nous allons quitter la solidité des faits pour cheminer ensemble à travers les marécages obscurs de la mémoire et nous aventurer dans le maquis des hypothèses les plus échevelées. Dorénavant, Harry, il se peut que je me trompe autant que Humphrey Belcher qui croyait que le moment était venu de fabriquer des chaudrons en fromage.
— Vous pensez pourtant avoir raison ? demanda Harry.
— Bien entendu, mais je t’ai déjà administré la preuve qu’il m’arrive de me tromper comme n’importe qui d’autre. En fait, comme je suis – pardonne-moi – relativement plus intelligent que la plupart des hommes, mes erreurs sont en proportion beaucoup plus considérables.
Quelque part dans l’obscurité, un phénix lançait un chant que Harry n’avait encore jamais entendu : une lamentation déchirante d’une terrible beauté. Comme il lui était déjà arrivé de le ressentir lorsque chantait le phénix, il eut l’impression que la musique ne venait pas de l’extérieur mais qu’elle était en lui : c’était son propre chagrin, transformé par magie en une mélodie, qui s’élevait dans le parc et leur parvenait par les fenêtres du château.
Combien de temps restèrent-ils à l’écouter, il ne le savait pas, il ne savait pas non plus pourquoi entendre ainsi chanter leur chagrin paraissait soulager un peu leur douleur.
— Je sais parler aux serpents. Je m’en suis aperçu quand nous sommes allés en excursion à la campagne. Ils viennent me voir et ils me murmurent des choses. C’est normal pour un sorcier ?
Harry voyait qu’il avait attendu ce moment pour mentionner ce très étrange pouvoir, décidé à impressionner son interlocuteur.
— C’est inhabituel, répondit Dumbledore après un moment d’hésitation, mais ça s’est déjà vu.
Il s’allongea tout habillé sur son lit, le regard perdu. Il n’éprouvait aucune curiosité à l’égard de R.A.B. Il lui semblait même qu’il n’éprouverait plus jamais de curiosité pour quoi que ce soit. Étendu sous son baldaquin, il s’aperçut soudain que le parc était redevenu silencieux. Fumseck ne chantait plus.
Il sut alors, bien qu’il eût été incapable de dire comment il le savait, que le phénix était parti, qu’il avait à jamais quitté Poudlard, tout comme Dumbledore avait quitté son école, avait quitté le monde… avait quitté Harry.
— Donc, si j’allais à La Tête de Sanglier ce soir, je n’y trouverais pas certains d’entre eux – Nott, Rosier, Mulciber, Dolohov – réunis là en attendant ton retour ? Des amis bien dévoués, en tout cas, pour t’accompagner si loin un soir de neige, dans le seul but de te souhaiter bonne chance tandis que tu essayes de décrocher un poste de professeur.
Sans aucun doute possible, Voldemort accueillit encore plus mal le fait que Dumbledore connaisse tous ces détails sur les personnes qui étaient venues avec lui. Mais il se reprit presque aussitôt.
— Comme toujours, vous êtes omniscient, Dumbledore.
— Oh, non, simplement ami avec les barmen du coin, répliqua Dumbledore d’un ton léger.
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